La Nef n° 261

Samuel Butler (1835-1902), issu d’une famille de pasteurs anglicans, devient éleveur de moutons en Nouvelle-Zélande. En 1872, il publie le roman utopique Erewhon ou de l’autre côté des montagnes, dans la veine des Voyages de Gulliver de Jonathan Swift. Dans Détruisons les machines, Butler développe une réflexion sur l’essor du machinisme qui rejoint celle de ses compatriotes John Ruskin (1819-1900) et William Morris (1834-1896) : « Jour après jour, les machines gagnent du terrain sur nous ; jour après jour nous leur sommes plus asservis ; chaque jour un plus grand nombre d’hommes sont liés à elles comme des esclaves pour s’en occuper, chaque jour un plus grand nombre d’hommes consacrent l’énergie de toute leur existence au développement de la vie mécanique. » Intuitions géniales sur la civilisation mécanique qui annoncent les analyses de Jacques Ellul sur la « société technicienne », et qui, au-delà ‘une critique radicale de la révolution industrielle, rejoignent les préoccupations du troisième millénaire, à l’heure des manipulations génétiques, du clonage, du transhumanisme et de l’ »homme augmenté » – où c’est le vivant lui-même qui, non content d’être asservi à la mécanisation, est lui-même mécanisé. Butler anticipe les pires délires de la science contemporaine, et qui ne sont malheureusement pas que de la science-fiction : « Le fait que les machines ne soient dotées que d’une faible conscience pour l’instant ne nous offre aucune garantie contre le développement ultime de la conscience mécanique. »

Falk van Gaver, La Nef n° 261, juillet-août 2014.

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