L’Écologiste n° 42

Deux opuscules, Darwin parmi les machines écrit en 1863 et Le livre des machines en 1872, rédigés par Samuel Butler (1835-1902), écrivain britannique connu pour son roman utopique Erewhon (NRF, 1920), expliquent pourquoi nous avons toutes les bonnes raisons de craindre les machines. Au milieu du XIXe siècle, le constat suivant était déjà dressé : jour après jour, « les machines gagnent du terrain sur nous ; jour après jour nous leur sommes plus asservis ; chaque jour de plus en plus d’hommes sont liés à elles comme des esclaves pour s’en occuper, chaque jour un plus grand nombre d’hommes consacrent l’énergie de toute leur existence au développement de la vie mécanique ». A l’objection selon laquelle les machines n’ont de toutes façons pas de volonté ni de conscience et qu’elles sont soumises à l’homme, l’auteur répond en comparant l’extraordinaire progrès des machines en quelques siècles à la lenteur de l’évolution des règnes végétal et animal. « Aucune catégorie d’êtres n’a dans le passé accompli une marche en avant si fulgurante. Le temps est proche où les machines nous utiliseront avec gentillesse pour les alimenter et assurer leur reproduction. » Ainsi, toute machine de n’importe quel type devrait être détruite. Vous pensez que cela est impossible ? alors, vous répond l’auteur, c’est la preuve que notre servitude a commencé pour de bon et que nous consentons à notre esclavage !

Cet auteur était-il fou ou prophétique ? La Corée du Sud réfléchissait en 2007 à une charte non aboutie, heureusement, des droits des robots. L’université britannique de Cambridge a ouvert fin 2012 un « Centre d’étude spécialisé sur le risque existentiel » (CSER) pour s’assurer de ce que les machines ne puissent pas, un jour, prendre le contrôle de leurs créateurs…

L’Écologiste n° 42, printemps 2014.

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