La Vie

La tradition décroissante

Certains ont vu les dangers de la révolution industrielle dès la première moitié du XIXe siècle (les luddites, Stanley Jevons). D’autres se sont élevés contre les dégradations infligées à la planète par les sociétés occidentales dès 1854 (Henry David Thoreau). D’autres encore ont fustigé les atteintes à la condition humaine engendrées par la modernité technique trois quarts de siècle avant Huxley (John Ruskin). Militants écologistes, philosophes, économistes, anarchistes ou romanciers : pour comprendre leurs critiques du « mythe du progrès », le livre Aux origines de la décroissance. Cinquante penseurs (coordonné par Cédric Biagini, David Murray et Pierre Thiesset) donne des clés, grâce à des notices autonomes.

Aux côtés des incontournables Jacques Ellul, Ivan Illich, Bernard Charbonneau ou Ernst Friedrich Schumacher figurent des entrées plus surprenantes (Albert Camus, Jaime Semprun). L’ouvrage fait également redécouvrir des personnalités oubliées, comme le philosophe et économiste Leopold Kohr ou l’écologiste Barry Commoner. Sa principale qualité est de s’attacher aux vies et aux actes personnels autant qu’aux idées, ce qui rend plus incarnée la critique du progrès. Le livre évite également de passer sous silence la foi des auteurs croyants : le catholicisme de Georges Bernanos, la conversion de Gilbert K. Chesterton, l’anarchisme chrétien de Léon Tolstoï ne sont pas oubliés. Tout concourt à en faire une référence indispensable, tant pour ceux qui voudraient découvrir deux siècles de critiques de la modernité technique que pour les « initiés » qui désirent approfondir ce courant de pensée.

Mahaut Herrmann, La Vie, 12 avril 2017.

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