Nova, 13 mars 2017

Décroissance et littérature. Ça dure depuis longtemps…

Trois éditeurs se sont réunis pour publier le (gros) livre des penseurs étant Aux origines de la décroissance, cette alternative à la surchauffe de notre planète : L’Echappée, Le Pas de Côté et Ecosociété. Trois auteurs également pour coordonner, dans ce même ouvrage, les textes sur les 50 penseurs qui ont compté dans cette démarche d’analyse et de raison, et les 50 contributeurs qui ont écrit les chapitres sur eux.

Ce livre de 300 pages relate donc 50 chapitres de présentation de ces hommes et femmes, plus conscients et lucides que la moyenne, et qui, à travers livres, pensées, articles, militantisme et autres ont tenté de calmer la voracité humaine, avec les dégâts matériels, mais aussi culturels inévitables. On sera heureux de rencontrer des auteurs comme Georges Bernanos, Albert Camus, Jean Giono, Pier Paolo Pasolini, Aldous Huxley, John Cowper Powys, Henri David Thoreau, Léon Tolstoï, Rabindranath Tagore … Tous préoccupés des autres, de la planète, de la terre, des modes de vie.

Il faut d’abord réaliser ce qui se passe avant de corriger le tir. La technologie est devenue comme l’alchimie au Moyen-Âge, une sorte d’utopie censée accomplir des miracles, chargée de tous les possibles. Connaissances et techniques ne sont plus liées qu’au capital ! Autant de dérives à cerner pour avoir une chance de parer aux fausses évidences du « progrès. »

Chaque chapitre apporte son lot d’idées : que la consommation soit un ordre du pouvoir au service des fabricants, que la possession finit vite par nous bloquer, que la télévision n’est plus qu’un écran publicitaire normalisateur (livré en prime à des groupes incultes, dénués de goût..) Le prix d’une chose c’est la part de vie (de temps, d’effort) que l’on doit donner en échange…

Je ne peux ici citer tous ces philosophes, leurs idées et les auteurs qui nous les présentent, un peu comme un annuaire des résistants, mais aussi un guide de pensées, et une boîte à outils de défense. Nous sommes intoxiqués de biens, de tentations, de faux besoins, de mauvaises habitudes, de suivisme aveugle, et de toutes les lâchetés et renoncements à nos libertés, même les plus anodines. Nous évoluons dans des couloirs aux murs tapissés d’étagères pleines et branlantes, éclairés par une minuterie déficiente et tyrannique et ne menant qu’à des portes murées…

C’est de notre faute. Chacun y a sa part et ses possibilités de sortie. Le vrai mode d’emploi reste dans notre tête. C’est là qu’il faut évoluer. Continuer de collaborer à la consommation aveugle et à la croissance hors de toute règle est irresponsable et condamne déjà les générations au blocage. Comme le dit Jean Giono, cité dans ce livre : l’intelligence est de se retirer du mal !

Jean Rouzaud, Nova, 13 mars 2017.

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