Station-théâtre

Un grand bravo à Pierre Thiesset pour avoir déniché ces articles et extraits issus de toute la presse et la littérature de la fin du XIXe et du début du XXe siècle et de les avoir réunis dans cette anthologie.

Il s’agit d’un travail remarquable et unique en son genre. C’est absolument l’ouvrage qui manquait aux sceptiques et aux détracteurs du monde automobile d’aujourd’hui pour reprendre de l’enthousiasme dans leur combat quotidien contre la machine infernale. Nos ancêtres visionnaires ne manquaient ni d’audace, ni de perspicacité, ni d’humour pour ferrailler à la pointe du verbe, avec le panache d’une langue riche et généreuse, contre le piston machiavélique de l’engeance automobile.

L’ouvrage s’ouvre sur une excellente introduction dans laquelle Pierre Thiesset, par ailleurs journaliste à La Décroissance, se révèle à nouveau le digne héritier de ces littérateurs enragés et poètes qui manquent tant au monde intellectuel de notre époque.

L’anthologie commence par « Les embarras de Paris » de Boileau, passe par une critique parodique délirante de 3 pages de l’Automobile Club titrée « L’authomicide-club » parue dans la revue Pêle-Mêle en 1905 et questionne la croissance de cette invention et de ses nuisances face à l’inertie de ceux qui la subissent dans un article de Fred Isly dans ce même Pêle-Mêle en 1906, dont je ne peux me retenir de reproduire ici quelques extraits :

« Actuellement, vingt ou trente mille machines suffisent à jeter la terreur et à semer la mort. Que sera-ce quand il y en aura cent ou deux cent mille ? Car les usines fonctionnent avec une activité fébrile, déversant tous les jours dans le public un nouveau flot d’engins homicides. Où se réfugiera-t-on pour leur échapper ? Je me le demande avec angoisse…

… Dépêchez-vous donc de jouir de votre petit coin isolé, car l’auto saura vous y dénicher bientôt. Et il ne sera plus un village, plus un hameau qui ne soit sillonné par les terribles machines. Douce perspective en vérité pour nos fils. Espérons, cependant, qu’ils seront moins veules que nous, et qu’ils sauront réagir là où nous nous soumettons lâchement. Cependant, nous sommes la grande majorité, et il nous serait si facile de nous révolter contre nos bourreaux. Mais pour cela, il nous faudrait un effort de volonté, un groupement, une levée en masse, la conscience de notre force et de nos droits, toutes choses qui sont contraires à notre habituelle passivité… »

Lecteurs de Carfree, procurez-vous cet ouvrage et lisez-le ou donnez-le à lire à votre entourage ! Nous l’avons fait à La Station-Théâtre ou les convictions utilitaires de spectateurs automobilistes ont été véritablement ébranlées par la profusion séculaire et les visions de la critique automobile dont ils n’avaient jusqu’alors pas un instant pensé qu’elles pouvaient procéder d’un tel héritage.

Nous sommes forts de plus d’un siècle de critique, faites-le savoir grâce à cet ouvrage !

Gwenael De Boodt, fondateur de la station-théâtre de La Mézière.

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