Karios n° 17

Jean Baudrillard l’avait bien saisi lorsqu’il disait, dans La Société de consommation : « la célébrité est une tautologie… le seul titre de gloire des célébrités est leur célébrité même, le fait d’être connues… » Par un jeu d’identification magistralement organisé par une société entièrement dévolue à absorber les objets produits, dont on aura auparavant persuadé ses sujets qu’ils leur étaient essentiels, les stars symbolisent le gaspillage et l’abondance ostentatoire, que les médias nous somment d’imiter.

Il est ainsi salutaire de lire les témoignages qui, depuis le début du journal français La Décroissance, parsèment ses pages dans la rubrique « simplicité volontaire », et dont un part importante est compilée dans ce nouvel ouvrage. Mais point de « modèles » ici, l’idée n’étant pas d’offrir un « contre-modèle » aux stars plastifiées de TF1, car il n’est pas un idéal-type à imiter ou un représentant d’une catégorie parfaite, mais de montrer que la réalité qu’on nous impose n’est pas une finalité et que l’on peut, toujours plus ou moins profondément, vivre autrement.

Tout au long des 278 pages, les expériences de vie sont racontées par ceux qui en sont les acteurs [...]. L’ouvrage se termine par un « éloge de la simplicité », de Pierre Thiesset, qui montre de façon tout à fait intéressante « la convergence des philosophies antiques, des religions, des sagesses qui, bien que distinctes et édifiées à des époques et dans des pays distants, ont toutes diffusé un idéal de dépouillement et frugalité ». A l’échelle de l’humanité, ce n’est donc que récemment (l’historien Lewis Mumford le situe aux premières colonisations, fin du XVe, ce que nous pensons aussi), que le système de valeurs s’est totalement inversé, pour faire de l’hubris et de la démesure le sens de toute chose.

Les vies et les êtres de ce livre nous rappellent que rien n’est figé, que la résistance est aussi dans nos pratiques quotidiennes qui, loin de se voir comme privations – en résonance à ce que la société veut nous faire croire -, offrent au fond un retour aux sources et une profonde libération.

Alexandre Penasse, Kairos n° 17.

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