Kairos n° 14

Décroissance ou décadence, l’ouvrage de Vincent Cheynet, rédacteur en chef de La Décroissance, ne se présente pas d’emblée comme « un énième exposé sur la nécessité de la décroissance face au dérèglement climatique, à la raréfaction de l’énergie et des ressources naturelles ». Face à l’évidence, cette donne – celle de la dimension écologique – a elle-même été récupérée par le système capitaliste et côtoie maintenant ce qui lui est pourtant profondément antinomique : la croissance.

Laissant une large place à ce qui pour l’auteur se situe en amont : nos croyances, l’ouvrage s’arrête longtemps sur des considérations d’ordre plus psychanalytique, approche intéressante s’il en est. Ainsi, la perspective de la décroissance pourrait être envisagée « comme le dépassement de l’œdipe », conflit fondamental dans l’évolution de l’être puisqu’il pose l’interdit de l’inceste et impose les limites à l’enfant, qui l’ouvriront au monde extérieur. Car, et c’est là que l’auteur situe l’analogie, « derrière les mots de croissance, développement, progrès, libéralisme, libéral-libertarisme, productivisme…, se profile une seule et même idée : celle de l’illimité ». La décroissance pose donc le « non », amène la question fondamentale des limites et, nécessairement, génère frustration.

Ces limites, il ose aussi les dire, dans un contexte médiatico-politique où certaines choses devraient « aller de soi ». Ainsi, sur le mariage homosexuel, « produit de la croissance », qui ouvre à de nouvelles pratiques qu’il est interdit, au nom du « progrès », de remettre en question : élargissement du marché de l’adoption, procréation médicalement assistée, location de ventre par des mères porteuses… Or, il faut poser la question : où sont les limites ? Quand s’arrête-t-on ? [...]

Alexandre Penasse, Kairos n° 14, juin-juillet-août 2014.

Comments are closed.