Marianne

Sébastien Lapaque a écrit un article de quatre pages sur le livre Aux origines de la décroissance dans le magazine Marianne n° 1048 (du 24 au 27 avril 2017). Extraits :

Décroissance : ils y ont pensé bien avant nous !

La décroissance est une notion neuve… mais qui vient de loin ! Le live Aux origines de la décroissance dresse 50 portraits de pionniers en guerre contre la surproduction, de Léon Tolstoï à Simone Weil. Des objecteurs de croissance visionnaires.

[...]  Aux origines de la décroissance retrace la genèse de visionnaires qui, les premiers, sentirent les dangers de la surproduction. [...] on apprend beaucoup de choses en lisant ce vade-mecum théorique, façon guide de voyage dans l’histoire des idées. Il nous permet de découvrir et de redécouvrir 50 penseurs qui, depuis l’aube de la révolution industrielle, « ont toujours défendu des sociétés à échelle humaine, non prédatrices et ne reposant pas sur l’expansion des forces productives et sur l’accumulation du capital » [...] Ceux que l’on appelle – après la mise en circulation du mot dans les années 70 – les partisans de la décroissance : des esprits à la lucidité alarmée venus d’univers très variés, tous conscients du fait qu’on ne peut pas croître de manière infinie dans un monde fini. [...] Aux origines de la décroissance, précieuse boîte à outils dans laquelle chacun est invité à se servir librement, qui pour trouver un tournevis, qui une pince-monseigneur et qui une clé anglaise pour assommer (avec les seules armes de la critique, évidemment) son banquier, son huissier ou son marchand d’engrais. [...]

De droite, William Morris ? De gauche ? Ancien ? Moderne ? Conservateur ? Lunatique ? Inclassable, comme chacun des auteurs inscrits au riche sommaire d’Aux origines de la décroissance. Ils ont en commun d’avoir refusé les assignations à résidence et les citations à comparaître envoyés par le « gros animal » social, échappant aux traditions, aux partis et aux préjugés. Tous se sont acharnés à combattre le cloisonnement des disciplines. Notons que la plupart des penseurs qui se sont levés contre la liquidation des artisans et des paysans, la destruction de l’environnement et le règne de la quantité furent aussi des artistes accomplis – poètes, romanciers, peintres, photographes, musiciens, cinéastes. [...]

On y découvre que la décroissance vient de haut et de loin. De part et d’autre de l’Atlantique et jusqu’aux confins de l’Asie (Gandhi, Tagore), la chose existait longtemps avant que le mot n’apparaisse. Très tôt, des individus ont pressenti que le développement économique allait aboutir à une impasse et qu’une anticivilisation naîtrait où l’homme deviendrait obsolète. [...]

Ainsi les objecteurs de croissance s’efforcent-ils de penser la triple crise dans laquelle sont engagées les sociétés occidentales depuis la fin du fordisme et le remplacement du « libéralisme encastré » par le capitalisme total : crise économique, crise écologique et crise paradigmatique. [...]

Pour être niées ou occultées, les menaces que fait peser l’accumulation illimitée du capital sur l’écosystème mondial ne s’en dressent pas moins à l’horizon de nos vies. Ce qui est intéressant avec Aux origines de la décroissance, c’est que ce livre ne propose pas simplement des clés pour « dé-penser » la techno-science-économie, mais offre des pistes pour une véritable insurrection de l’esprit, et même un « soulèvement de la vie », comme aurait dit Maurice Clavel, en invitant à lire des penseurs « vraiment critiques » qui ont contesté l’analyse platement matérialiste et mécaniste de l’impitoyable monde moderne. [...]

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