Revue Ballast

Certes, la décroissance est un mouvement récent, mais les idées qu’elle porte ne datent pas d’hier. Critique du productivisme, de l’accumulation du capital, du joug de la technique, de la destruction de l’environnement, du mode de vie consumériste ; défense de la lenteur, de l’auto-limitation, de l’autonomie individuelle, des modes de vie alternatifs : on retrouve ces thèmes chez de nombreux auteurs. L’équipe du mensuel La Décroissance, associée à trois éditeurs, a décidé de rassembler et de compléter des portraits de ces écrivains, philosophes, journalistes ou encore poètes, déjà publiés dans un dossier spécial du journal. Cinquante penseurs, donc, des plus évidents – André Gorz, Ivan Illich, Bernard Charbonneau ou Nicholas Georgescu-Roegen — aux moins attendus — Simone Weil, Hannah Arendt ou Jean Giono. Pour chacun d’entre eux, un court texte présente sa pensée et quelques éléments biographiques, accompagné d’extraits et d’une illustration de Stéphane Torossian. Le lecteur pourra à loisir piocher et découvrir, à travers des philosophies variées, ce que veut dire décroissance. On retrouvera, en des termes forcément différents — le livre couvre deux siècles de réflexions —, cette même critique du Progrès avec un grand P, idéologie « rouleau compresseur », et cette même obsession pour l’autonomie individuelle et le bonheur. Un livre à parcourir ou approfondir, pour convaincre ou simplement poser des questions. Car, comme l’explique Gilbert Keith Chesterton : « Nous ne sommes pas tenus d’être plus riches, plus affairés, plus efficaces, plus productifs, plus progressistes, si tous nos efforts ne tendent pas à nous rendre plus heureux. L’humanité a autant le droit de bazarder ses machines et de vivre de la terre, si elle le décide, que tout homme de vendre sa vieille bicyclette et d’aller à pied si bon lui semble. Certes le marcheur va moins vite que le cycliste, mais qui nous oblige à courir ? »

M.H., Revue Ballast, 29 avril 2017.

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