La tête dans le guidon

« Un cycliste, M. Charles Raffond, âgé de trente ans, passait, hier, avenue des Batignolles, à Saint-Ouen, lorsqu’il fut renversé par une automobile conduite par le chauffeur Joseph Verbauwen. Raffond se releva, ne portant que de légères contusions, et l’accident n’aurait eu aucune importance si environ deux cents personnes n’avaient pris fait et cause pour le cycliste, menaçant de faire un mauvais parti au chauffeur. De plus en plus surexcités, en effet, les spectateurs s’apprêtaient à brûler la voiture, lorsque les agents intervinrent heureusement à temps pour repousser les autophobes. »
« Le chauffeur l’échappe belle », Le Journal, 2 juillet 1910.

Cet extrait croustillant provient d’une anthologie qui vient de paraître aux éditions Le pas de côté : Ecraseurs ! Les méfaits de l’automobile, revient sur les premiers tours de roues de l’automobile. Cette accumulation roborative écorne le mythe d’un progrès automobile accueilli avec envie et à bras ouverts par l’ensemble de la population. Il est même surprenant de constater que les « automaboules » ont parfois récolté une colère à la hauteur de leur dédain pour la piétaille : tentatives de lynchages, coups de feux, traquenards, sabotages. La lutte des classes s’exprime parfois par des chemins tortueux et inattendus

Cet ouvrage se picore avec délectation, l’humour est au rendez-vous, les groupements par thèmes bien sentis et quelques illustrations viennent agrémenter le tout. Le livre parfait pour trôner dans les toilettes. C’est le meilleur compliment que je puisse faire à propos d’une anthologie. D’ailleurs si vous venez au 21, c’est là que vous trouverez mon exemplaire.

La Tête dans le guidon, octobre 2016.

Comments are closed.