L’Anticapitaliste n° 343

Le livre rassemble 43 textes coordonnés par le mensuel la Décroissance. La plupart des contributions avaient été écrites pour les débats accompagnant l’opposition à la COP21 en novembre et décembre [...]

Cet ensemble, très divers par ses thèmes et ses entrées, organisé en 5 chapitres (effondrement-­illusions-idéologie-développement-en sortir), est important, même si les apports sont d’inégale valeur. Il permet de voir les contours d’une écologie radicale en recherche de projet cohérent de dépassement d’une société inacceptable. Et si tout n’est pas homogène, c’est assez compréhensible pour un chantier.

Notre intérêt devrait être d’autant plus fort que c’est à cette source que prennent leur inspiration beaucoup des militantEs que nous côtoyons dans les luttes, de Notre-Dame-des-Landes à Bure, de la ferme des 1 000 vaches aux manifs anti-gaz de schiste… et à Nuit debout contre « la loi travail et son monde ». Et parce qu’au fond, d’une certaine manière, nous participons au même chantier.

De vraies connaissances

L’idée fondamentale qui parcourt quasiment toutes les contributions est que la croissance est inhérente à l’accumulation du capital. Et c’est dans cette formulation qu’elle revient souvent comme étant la cause de l’impasse historique, civilisationnelle dans laquelle se trouve l’humanité. La « croissance verte » est analysée comme un oxymore, thème idéologique central au service des « investisseurs » et des forces politiques qui leur sont soumises. Le PS et EÉLV sont dénoncés avec force. Le « capitalisme vert » et son « développement durable » sont démontés précisément.

Les parties « effondrement » et « illusions », analyses concrètes de situations concrètes, sont particulièrement intéressantes. Ainsi, J.B. Fressoz montre que sous le capitalisme, il n’y aura pas de transition vers les renouvelables. Tout comme le pétrole ne s’est pas substitué mais ajouté au charbon, les renouvelables viennent s’ajouter aux énergies fossiles. Productivisme et extractivisme ne sont en rien ralentis par la haute technologie, au contraire. Ce sont là des idées à s’approprier, à travailler pour tout projet émancipateur.

Quant aux contributions très stimulantes des auteurs africains, maghrébins, d’Amérique du Sud autour du thème du « développement », elles méritent une lecture attentive.

Très discutables…

Oui, très discutables sont les textes de J.C. Michéa et M.J. Bonnet sur les thèmes de la morale, de la psychologie, de la culture, des droits des LGBTI, de la limite, de l’interdit… Et ce n’est pas sans un certain malaise qu’on lit ces textes… Mériteraient également une discussion serrée trois textes de « s’en sortir », textes défendant l’idée générale d’austérité en s’appuyant sur des idées du dirigeant euro-communiste italien E. Berlinguer. Certes, la capitulation de Tsipras est stigmatisée dans un autre texte, certes l’austérité est ici rapprochée de la sobriété, il n’en demeure pas moins que l’ambiguïté subsiste…

Ce n’est qu’un début, le débat continue !

Fernand Beckrich, L’Anticapitaliste n° 343 (30 juin 2016).

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